mardi 11 janvier 2011

Quartier

Vendredi, dans les couloirs du ministère de l’intérieur où l’on vient de me montrer mon futur bureau (où non, il n’y a pas de barreaux aux fenêtres mais pas d’accès à Internet ce qui revient à peu près au même), nous croisons un colonel. Le colonel est un homme de petite taille, il a des yeux bleus rieurs et le bout de son nez empatté est rouge. On me présente, il me regarde intensément, titube un peu, s’approche de moi, s’approche encore, tient il à m’embrasser ?
Je me demande s’il comprend ce que je dis, ce que le capitaine lui raconte, je me demande à qui je peux lui faire penser. Il s’arrête à quelques centimètres de mon visage, bascule d’une jambe à l’autre, s’immobilise et rigole, ah, oui, le projet d’archivage, félicitation.

Lui il me fait penser à un adjudant, il me fait penser à un soir de garde en 93. La garde, pas celle où il fallait faire le planton devant les grilles pendant 2h toutes les 4h, non, celle où il fallait rester enfermé pendant 48h avec 7 autres types, toujours habillé, toujours armé, où il fallait dormir avec les rangers et se tenir prêt à l’attaque.
Jamais personne pour nous attaquer, mais une nuit, vers 3h on nous réveille, allez, on traîne pas, avec le fusil, le béret de travers, au pas de course, on traverse la cours, on traverse le terrain d’exercice, on traîne pas, on traîne pas, on arrive vers les hangars où sont garés les camions, on se rassemble devant l’adjudant assis sur une pierre, le regard dans la nuit. Mon adjudant, la garde est rassemblée, hum ? demande l’adjudant. La garde, ah, oui, la garde…

Mon adjudant (le mien) a les yeux bleus cernés, le nez rouge et son haleine trahit la bière. Il se lève, titube, nous regarde, cherche pourquoi il nous a fait lever et puis regarde la lune. Nous regarde, nous, la garde et lève la tête, encore, vers le ciel. Oui, les garçons, je voulais savoir, si vous pouviez me dire, j’ai oublié le truc, car il y a un truc pour s’en souvenir, peut être que vous savez, mais dites moi, je me demandais, on en est à quel quartier de lune, là, cette nuit ?      

1 commentaire:

  1. La scène finale, là, elle est superbe, il faudrait la filmer - mais un grand cinéaste...

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