jeudi 20 janvier 2011

Ete en Pologne


Je connais une cinquantaine de mots de polonais. Je les passe en revue durant les nuits d’insomnie.
Dans la chaleur, au milieu des moustiques, du bruit des filles qui dorment à côté avant que l’aube ne traverse les rideaux trop fins.

La plupart concerne la nourriture, activité qui occupe une bonne partie de la journée, certes.
Les filles ont appris à faire les pieroguis, les crêpes des pommes de terre, ont gouté chaque jour différents gâteaux et les roulés à la viande.

Les autres mots m’aident à désigner les animaux de la ferme, à jouer de la politesse.
La plupart du temps je n’ai rien à faire. Il m’arrive d’aller chercher de l’herbe pour la distribuer aux lapins, de participer au séchage du foin, à la cueillette des cerises. J’ai trait la vache avec les filles, mais je n’ai pas pu approcher de la chèvre pour lui soustraire juste un pot de lait à donner à un chiot dont la mère venait de mourir en mettant bas. 

On ne m’invite pas pour les travaux plus importants, pour les trucs physiques qui m’aideraient à m’endormir. La plupart du temps je me sens comme un étranger dans une maison de famille ou tout m’est fermé, sinon il y a les filles qu’il faut occuper, orienter, distraire. Il arrive qu’on aille jusqu’à la rivière, que l’on se baigne mais pas trop longtemps à cause des moustiques qui nous attaquent aussi pendant les ballades en vélo à travers les villages, au milieu des poules, dans les forêts de pins. 

Je me déplace toujours avec mon appareil photo, la lumière est souvent trop dure, mais j’arrive à voir un loriot d’Europe, un chevreuil, des libellules près de la Varta. Je suis un touriste type, en short et nus pied.

Si bien, qu’un matin de bonne heure, je suis réveillé par les pompiers du village, je comprends que l’électricité à été coupée, qu’il faut que je vienne voir, que cela va m’intéresser, si, si, il faut prendre l’appareil photo.   

Alors je grimpe dans le camion, le type qui conduit je l’ai vu s’occuper des vaches dans une ferme à coté, il fait péter la sirène américaine, il s’amuse, je me demande s’il a déjà bu. Il parle, un monologue, je ne cherche même pas à sourire, je n’ai pas peur, je ne suis pas assez réveillé. 

Il arrête le camion devant un pilonne électrique, les hommes derrières descendent, l’un d’eux demande au chauffeur à ce qu’il arrête cette putain (crowa) de sirène.

On prépare l’échelle, des gens sont là, on me montre, entre les fils électrique le corps calciné d’une cigogne qui s’est prise entre les lignes et à fait péter tout le réseau.
Mon chauffeur pompier, insiste, il montre du doigt la cigogne, il veut que je la prenne en photo, c’est une photo sensas, une photo où n’apparaîtra pas l’odeur de brûlé, où l’on ne verra pas les plumes. Mais c’est sa gueule à lui que je prends avec mon appareil, je le mitraille même et après, je ne sais pas, moi je ne comprends pas, pas exclu qu’il m’engueule.  

5 commentaires:

  1. merci, ce sourire du soir. On se demande juste pourquoi la photo du type n'illustre par le billet :) Par contre, je ne sais pas, mais la photo de la cigogne, pas sûr que je l'aurais aimée...

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  2. et le droit à l'image hein ? Alors, enfin !

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  3. Rassure-moi : elle est pas calcinée, celle-là ?!

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  4. Non, celle-là, c'est l'âme soeur, dépitée.

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  5. Ben tu parles, mettons-nous à sa place deux minutes !

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