La scène semble tirée d'un film de Fellini, burlesque et grimaçant. C'est un village de montagne, en août, et il s'agit d'enterrer un homme.
Il a plu toute la nuit et tout le petit matin, des trombes d'eau. Le cortège se met en route : parapluies noirs en procession, têtes baissées, costumes sombres. Le mort est du haut, le cimetière est en bas, on marche lentement, on ne sait pas encore ce qui nous attend.
Quand le cortège arrive au cimetière, c'est la débâcle : la tombe, creusée la veille, s'est écroulée, le trou est à moitié refermé, et l'eau y ruisselle en cascade. La pelleteuse est inutilisable – ce serait incongru – les hommes creusent et recreusent, mais la boue est lourde, elle glisse, rien ne tient.
On ne sait pas trop quoi faire, on se redéploie comme on peut autour de la tombe. Il faut se recueillir, on se concentre mais on n'y parvient qu'à grand-peine. On attend. Il pleut toujours, il fait froid ; on aimerait s'impatienter, mais on ne peut pas.
Il pleut. On commence à se demander si oui ou non, on va réussir à l'enterrer. On commence à s'agiter sur place, discrètement, on commence à commenter.
Soudain, quelqu'un s'avise qu'il n'est pas décent de laisser le cercueil là, sous la pluie, à peine protégé. On envoie chercher le maire pour ouvrir le caveau de la commune, mais voilà, c'est impossible, et il faut le forcer avec un pied-de-biche. Sous les parapluies on s'irrite, on lève les pieds l'un après l'autre pour en faire tomber la boue, l'eau coule sur les mentons, c'est très inconfortable.
Ah on peut dire qu'il y a du spectacle !
Ceux qui creusent, ceux qui forcent, ceux qui s'énervent, ceux qui regardent, et le mort, auquel plus personne ne pense désormais : il pleut, et on n'arrive à rien.
Quand on arrive enfin à terminer la tombe, on y place le cercueil. Le mort a toujours été convaincu que Dieu n'existe pas : on ne dit rien, on n'est pas préparés, pourtant on était prévenus. Le temps de ne savoir quoi faire et on repart. C'est fini.
Je lis et le vois comme une BD. Avec de grands traits blancs rapides en figure de pluie qui balayent chaque case. Avec le dessin des gouttes, des ruissellements sur les visages et des flaques. Je verrai bien ça, le dessin, pour le mélange du silence, des pauses et les retenues d'agacement. Je vois la pelleteuse unique tâche de couleur, les hommes et les femmes. J'essaie de t'imaginer dans tout cela de t'y voir mais n'y arrive pas. C'est beau et grimaçant. Amer, grimaçant et touchant.
RépondreSupprimerTu n'y arrives pas parce que, en fait, je n'aime pas beaucoup Fellini. Il n'a choquée, une fois, j'étais trop jeune, et je ne lui ai jamais pardonné.
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