lundi 31 janvier 2011

Le formulaire vert

C'est une redite, je sais, mais je l'aime, celui-là, que veux-tu...

Il y a longtemps, notre direction produisait une banque de données économiques, qui était une base de références bibliographiques sur les revues et ouvrages économiques du monde entier, oui monsieur. Il y avait une équipe de documentalistes, dirigées à l'époque dont je te parle par Muriel*, qu'on appelait entre nous les branquidocs tellement certaines étaient... croquignolettes. On rédigeait des résumés d'articles sur des bordereaux papier, des opératrices de saisie les saisissaient sur un logiciel documentaire, et on envoyait ça à nos hébergeurs via, au début de ma carrière en tout cas, des bandes magnétiques d'un diamètre supérieur à un beau disque noir, oui monsieur j'ai connu ça.

Egalement, on recevait du public dans la bibliothèque, public studieux qui venait se réchauffer chez nous en hiver, certains profitant même de nos sanitaires pour faire une toilette assez complète, voire lire la presse économique, monter des études de marché ou choisir l'implantation de leur futur commerce. Pour obtenir leurs renseignements, les lecteurs venaient nous voir pour nous demander par exemple, si on avait des informations sur le marché du jus de fraise en Dordogne. Authentique. Ou le commerce du sexe à Paris. Authentique également. On prenait nos caractères oranges et notre écran noir et on tapait JUS DE FRAISE ET MARCHE PAR PRODUIT ET (DORDOGNE OU AQUITAINE) et paf, on sortait la liste des articles traitant du sujet, et le pauvre gars n'avait plus qu'à aller se les chercher dans les rayons.
Mais de temps en temps, on avait beau taper SEXE ET COMMERCE DE PROXIMITE ET PARIS, que dalle, la machine nous répondait "il n'y a rien sur le sujet".

Quoi quoi quoi ? Un sujet économique mal couvert par la plus belle base de données économiques du monde ? On n'allait pas laisser passer cette lacune, il fallait procéder à une recherche de sources et trouver la revue qui permettrait à l'avenir de couvrir le sujet pour lequel il y avait une demande.

Pour recenser les questions non répondues et arbitrer lesquelles, récurrentes et pertinentes, pourraient justifier une recherche de sources, Muriel, qui était responsable de la qualité, avait réalisé un formulaire papier, vert, intitulé "questions non répondues" et qui comprenait les champs suivants : date, documentaliste, question non répondue. C'était sobre, efficace.

Un jour (nous y voilà) Henriette débarque dans le bureau de Muriel :
"Murieeeeeeel, on m'a demandé des renseignements sur le commerce des animaux à Sens, il n'y avait rien, alors j'ai voulu remplir le formulaire mais il n'y plus de formulaires alors voilà je viens vous le dire"
"C'est pas grave, Henriette, mettez-moi un mot sur une feuille volante dans mon casier"
"Ah oui, vous avez raison, je vais faire ça"

Le lendemain, Muriel passe à son casier, et trouve, effectivement, une feuille volante, rédigée de la main d'Henriette, et qui disait :
"Muriel, il n'y a plus de formulaire vert".


* Oui, j'ai changé les prénoms, ne me demande pas pourquoi

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.