jeudi 27 janvier 2011

La première femme

La première femme était belle. Plutôt, c'est comme cela que je l'ai imaginée, selon des critères de publicitaires. Avec des cheveux qui retombent toujours bien, avec une joie naturelle. Je suis sûr que lorsqu'elle rentre chez elle, d'un coup bref elle envoi valdinguer ses chaussures dans un grand éclat de rire et marche pied nu sur le parquet de son appartement, même sur le carrelage de la cuisine où elle surprend son homme faisant la cuisine, les manches de sa chemises retroussées. Mais peut être pas tous les jours. Pas le jour où elle doit me téléphoner par exemple. Ce jour là, l'homme n'est pas encore rentré, il boit un verre avec des collègues pour fêter on ne sait quoi et elle ne pense pas à retirer ses chaussures, elle pense à la mission que lui a confiée sa mère, elle tourne autour du téléphone, peut être même qu'elle se ronge les ongles. Elle regrette le jour où elle a décidé d'arrêter d'acheter des bières, où elle se voyait finir sa vie d'une façon qui l'attirait mollement. Elle retrouve le papier sur lequel elle a noté le numéro pendant sa pause déjeuner, vrai elle aurait bien bu quelque chose, et elle m'appelle. 

Elle me dit que l'on ne se connait pas, elle me dit qu'elle est ma cousine, que c'est sa mère, la soeur de mon père qui a retrouvé mon numéro, d'une façon, que déjà, je ne saisi pas très bien. Ce que je devine, c'est pourquoi elle m'appelle, pourquoi elle est là, je le sais par l'émotion de sa voix et parce que c'est novembre.
Elle ne sait pas comment le dire, je pourrais l'aider, je pourrais lui retirer cette épine du pied, lui dire que pour moi cela ne change pas grand chose, qu'il ne faut pas qu'elle s'inquiète, mais non, je n'en ai pas envie, j'écoute cette émotion, et puis merde, quoi, il y a des trucs auquel on ne peut pas échapper dans la vie, comme faire des présentations devant des généraux de la gendarmerie ou annoncer à un fils la mort de son père !

Elle fini par pleurer, peut être qu'elle pense un peu à cet homme, celui qui boit des verres dans un bar, ou pourquoi pas, à cet autre homme là, qui maintenant est mort. C'est gênant, je reste froid, muet et lorsqu'elle se reprend je la remercie. Elle m'annonce que sa mère compte sur moi, que géographiquement je suis le plus prés, je ne comprend pas bien et je raccroche. J'annonce à Nelly qu'il faut vérifier la convention collective, que je viens de gagner au moins cinq jours de repos pendant qu'elle, dans son appartement, elle ouvre trois boutons de son chemisier, qu'elle se décide enfin à retirer ses chaussures.

1 commentaire:

  1. Ce premier homme, il était là, il est parti, il a disparu, il est mort, et toujours on cherche ses traces, mais attention : en faisant semblant de rien.

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