Une semaine avant Pâques en 2008, j'ai mal dormi. A cause du boulot, à cause d'une engueulade aussi. Alors au petit matin, j'ai mis mon survêtement et mes baskets et je suis parti courir au parc.
Je suis descendu, j'ai remonté vers les jeux du haut, je suis descendu du côté du lac par la voie ferrée, le tout en petite foulée et je me suis arrêté regarder quelques canards. C'était des beaux canards, des comme on en voit pas partout. Ils ont l'air bien, ils se foutent de ma présence. Mais bref on est pas là pour ça, je reprends ma course, je fais trois pas, et puis une coupure, brève mais totale, moi je dirai un instant de sommeil intercalé, une demie seconde d'inconscience, un bref rappel, et je me retrouve étalé par terre de tout mon long. Il n'y avait personne pour me relever, ça m'avait coupé les pattes, j'ai décidé de rentrer en marchant, j'ai décidé que j'avais fait assez le malin.
Sur les trottoirs les gens me regardaient étrangement, moi je sentais mes joues me chauffer mais je ne savais pas encore pour mon arcade sourcilière, mon menton ouvert en deux et mes paumettes éraflées. Nelly, a poussé un grand cris en me voyant, quelque chose qui au fond vous fait plaisir, un cris d'effroi qui peut en dire long sur ce que vous pouvez représenter aux yeux de certains autres.
Au urgences, à Cochin, ils ont pas fait dans le détail, ils m'ont pris illico, ils m'ont nettoyé, j'ai eu droit à mes premiers points de suture, puis on m'a allongé et en route pour un grand bâtiment blanc, on vous le rend dans une semaine. Dans une semaine ? Oui, madame, voyez-vous, nous avons à faire aux signes avant coureur d'une crise cardiaque.
Bon. Je fais ma semaine à Cochin, ravi d'avoir pu faire culpabiliser deux trois personnes, je passe une série de tests, je m'endors lors de l'électroencéphalogramme (ce qui fait des très jolis dessins, très simples, mais peut énerver les professionnels), je raconte mon histoire de course au parc, dans le détail, des dizaines de fois à des types perplexes, au professeur qui ne sait pas, ne comprend pas.
On me dorlote car je suis de loin le plus jeune de l'étage, mais de crise cardiaque, nib. On me libère, rassuré mais je dois revenir, à fréquence régulière.
Et systématiquement, le professeur qui me reçoit, qui doit voir des centaines de personnes différentes chaque mois, qui ne se souvient pas de mon nom, à chaque fois, dés qu'il me voit, me pose toujours la même question : « Et alors, vos canards, ils se portent bien eux ? ». Et il se marre, content de lui.
Pour dire que les canards et moi, c'est plutôt non que oui.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.