Un temps idéal pour aller aux puces, pour descendre dans le métro, à l'abri, entre la porte d'Orléan jusqu'à celle de Clignancourt et remonter au milieu d'une foule compacte, de l'autre côté, où la pluie se retient un peu et les voitures quittent le périphérique en balançant de grandes gerbes sur les trottoirs. J'ai sorti ma capuche trop grande, mais sans arriver à trouver les foutus cordons pour la resserrer autour de mon crane, alors j'ai traversé les allées des marchés, je me suis frayé un chemin au milieu des vendeurs à la sauvette, avec le bout de toile au niveau des yeux, comme un moine résolu, missionné, sans possibilité de tourner la tête au risque de ne plus rien voir.
Je me suis éloigné du boulevard en bifurquant dans les premières ruelles des puces, j'ai cherché les endroits les plus abrités, je pouvais commencer à souffler, à retirer ce truc de mon regard. Le bruit était bien plus diffus, il n'y avait pas grand monde, quelques chineurs au milieu des caisses de bricoles, devant les devantures dont la plupart étaient fermées. On s'en tenait aux bruits de la pluie dans les rigoles, dans les gouttières, sur les plaques de taule et quelque part, aussi, l'accordéon d'une gauguette. Un homme, installé sur un fauteuil, faisait des mots croisés, le dos tourné au type qui tenait la boutique en face et avec qui visiblement, il faisait la conversation. Il était entouré d'un amas de meubles, pour la plupart des machins sans âmes, repeint d'une couleur lilas et au milieu, le clou du spectacle, un piano, un demie-queue. Le propriétaire à demandé "buté" en six lettres, sans remarquer que l'autre avait baissé les bras, qu'il s'en était retourner au milieu de ses propres meubles, non repeints ceux-là, plutôt vernis.
Je me suis lancé, "entêté". "Merci l'ami, allez je te donne le droit de toucher le piano, attention ce n'est pas donné à tout le monde !"
J'ai joué le jeu, j'ai passé mes doigts sur le capot du clavier, je n'avais aucune envie de l'ouvrir pour découvrir des touches manquantes ou complétement jaunies, de quoi gâcher n'importe quelle couleur lilas. Pour parler, j'ai demandé pour Woody Allen, s'il se souvenait la dernière fois qu'il l'avait vu passer par ici, mais ces types ne lâchent rien, il m'a dit que c'était une information qu'il ne pouvait pas révéler, qu'il s'était mis d'accord avec Woody pour être le plus discret possible.
J'ai encore tripoté quelques trucs et j'ai continué mon chemin, en passant dans des ruelles de plus en plus petites, en m'enfonçant dans un décor d'objets usés et sans vie. Il ne reste plus grand chose à voir, il commence à faire froid, et puis, quelque part, une voix que je connais. C'est certain. Auxerre, c'est une voix qui parle le sud, mais qui me rappelle Auxerre, un accent, mais d'où ça vient ?
Et puis paf, un homme accroupi qui se relève, d'un coup, un grand qu'était là, Eric Cantona qui se déplie sous la pluie. Putain, cette manie qu'ils ont de vous foutre la trouille !
Jolie anecdote, merci... Et je n'ai même pas vu venir la fin, et j'ai ri de bon coeur.
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